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Par Parfait Kouassi
La quarantaine de journalistes et de professionnels de la communication qui réfléchissent, dans le cadre d’un atelier régional organisé par l’Ipao, (13-15 décembre 2007 à Dakar, Sénégal), sur les nouvelles technologies et le nouveau journalisme ont mis en évidence les enjeux que représentent les TIC pour la société actuelle de l’information.
Les nouvelles technologies ont engendré une société de l’information si compétitive qu’elles impliquent aujourd’hui, d’importants défis pour la pratique du journalisme. Ndesanjo Macha, journaliste juriste namibien, en livrant, le premier, sa réflexion sur la question du journalisme à l’ère de la société de l’information, a utilisé une anecdote édifiante. Macha a pris l’exemple de la façon spectaculaire dont s’est répandue la nouvelle du décès d’un député Tanzanien. Au lendemain du décès de ce politicien, les médias ont naturellement publié l’information. Mais cette information s’est révélée caduque dans la mesure où elle avait été divulguée par SMS et déjà débattu sur des blogs. Et pour montrer à quel point l’information avait fait le tour du monde, Macha a dit qu’il l’avait lui-même appris d’un ami qui vivait à Londres, avant de la lire dans la presse. Cette anecdote montre bien que le développement des TIC implique de nombreux défis à relever pour la survie du journalisme classique, en particulier, en Afrique.
Un outil bénéfique pour les journalistes et leurs publics
« Les TIC offrent aussi d’énormes possibilités d’améliorer le travail des journalistes », a déclaré Macha qui travaille également avec l’organisation américaine « Global Voices ». Par exemple, lorsqu’un journaliste a travaillé plusieurs années sur un sujet et qu’il part de son poste, il emmène avec lui toutes ses connaissances sur le sujet. Aujourd’hui avec Wiki, on peut archiver les informations et un autre journaliste peut s’informer sur la question et poursuivre le travaille de son prédécesseur. Autre atout offert par les TIC, c’est le fait de donner l’opportunité au public, d’approfondir le débat sur un sujet publié dans un média classique via des blogs. Dans une autre approche, Macha a rappelé que les médias audiovisuels peuvent mettre leur programme en ligne et éviter ainsi à leur public le supplice de rester scotché au petit écran ou au transistor. Leurs programmes peuvent être ainsi consulté en ligne par les personnes qui le désirent, suivant la disponibilité de ceux-ci. Les participants à l’atelier ont exprimé leur intérêt pour les TIC en raison de ses atouts pour l’exercice du journalisme, mais se sont dits préoccupés par la difficulté de l’accès des journalistes africains à l’outil internet.
Un enjeu pour le nouveau journalisme
Plus que la question de l’accessibilité des journalistes aux TIC, Eugénie Aw, directrice du Centre d’Etude Supérieure et des Technologies de l’Information (CESTI) a souligné le retard accusé par les acteurs des médias africains, dans ce domaine. Prenant l’exemple sur les enseignants et les étudiants de l’école de journalisme régionale qu’elle dirige, Mme Aw a montré à quel point les TIC posent un problème culturel. Il y a d’un côté des enseignants, dépassés par les TIC, dont certains ne possèdent même pas d’adresses électroniques et il y a d’un autre côté des étudiants avec une culture de TIC et dont la plupart possèdent des blogs. « Dans ce contexte, il émerge une sorte de résistance sournoise qui consiste à faire courir des rumeurs pour combattre l’idée de révolution », a fait remarquer Mme Aw. En dépit des difficultés, la directrice du CESTI a déclaré avoir opéré les changements nécessaires dans cette école afin de garantir à la future génération de journaliste une place dans la société de l’information. Ce défi est apparu d’autant plus salutaire que des participants se sont inquiétés des limites des journalistes et surtout de leur manque de savoir sur certains sujets. « Le journalisme citoyen »
Les TIC ont favorisé une nouvelle forme de journalisme : « le journalisme citoyen ». La production de l’information n’est plus l’apanage des seuls journalistes professionnels, mais aussi celle de tout citoyen sachant utiliser les TIC. Dans ce dernier contexte, les informations sont partagées et discutées par les citoyens eux-mêmes à travers des blogs. Les potentialités en terme de démocratisation et de développement économique valent aux blogs l’appellation de « cinquième pouvoir ». Cette tendance journalistique qui ne s’embarrasse pas des exigences juridiques et déontologiques des médias classiques, à l’avantage d’être plus compétitive en terme de scoop, a indiqué Kwami Ahiabenu II, de l’Institut International de Journalisme du Ghana. La multiplicité des blogs devraient favoriser l’abondances de données provenant de l’Afrique estimés actuellement à 0.04%. En Afrique de l’ouest, des efforts restent à faire pour accroître le nombre des bloggeurs afin de rendre disponible suffisamment d’informations sur le net, à propos de cette partie du monde, où Judith Lenti, chargé de suivi de projets TIC à l’Ipao, n’a dénombré que quelques blogs, même si les contenus ceux-ci étaient richement variés. La construction des blogs est rendue si facile par Web2.0, selon Laye Kanté de l’Ong Lead Francophone et si partisan, selon le journaliste béninois, Patrick Djossou, qu’il est apparu nécessaire de mettre en place une législation pouvant encadrer cet outils fascinant. Ceci pour éviter que les facilités et les opportunités incontestables qu’offrent les TIC ne servent pas les forces du mal au détriment de la démocratisation et du développement économique.
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